Introduction

Les visages de la Bête…

Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front et que personne ne pût acheter ou vendre, sans avoir reçu la marque (Le signe de croix), le nom de la bête (VICARIVS FILII DEI) ou le nombre de son nom (666).
(Apocalypse 13:14-16)

La Tentation de saint AntoineFigure incontournable des arts et de la littérature depuis la nuit des temps, le Diable voit inévitablement sa représentation à l’écran remonter aux origines mêmes du cinéma. Des oeuvres de Georges Méliès (Le Manoir du Diable, Le Diable au couvent, Le Diable noir, etc.) au Faust (1926) de Wilhelm Murnau en passant par L’Enfer (L’Inferno, Francesco Bertolini, Giuseppe de Liguoro et Adolfo Padovan, 1911), le Mal nous est montré sous bien des visages différents. Des apparitions troublantes, effrayantes, parfois même loufoques qui vont évoluer au fil des décennies, maintenant comme constante l’éternel affrontement entre le Bien et le Mal.

Le Diable est parfois occulté au profit de la simple notion d’apocalypse (Prophéties diverses, Jugement dernier et autres catastrophes naturelles ou surnaturelles visant la destruction de l’humanité), dans des métaphores scénaristiques de qualité et d’intérêt très variables.

Se basant généralement sur des références théologiques rudimentaires et privilégiant un symbolisme religieux marqué, les récits, aux embranchements qui naviguent souvent entre ésotérisme et occultisme, mêlant régulièrement les deux, parviennent à entretenir une ambiance menaçante sur fond de crainte du jugement dernier ou de l’avènement de Satan sur terre.

Rosemary's BabyToutefois, en adaptant le roman d’épouvante à succès Rosemary’s Baby d’Irva Levin en 1968, Roman Polanski ouvre une ère nouvelle, loin des excès visuels généralement réservés au Mal ou à ses différents avatars. Ici, pas de messe noire dans la tradition grand-guignolesque ou d’apparition du Diable à grand renfort de machines à fumée et d’effets pyrotechniques.

Dans un contexte qui, s’il ne délaisse pas l’aspect religieux, usant de celui-ci à la manière d’un filigrane, le récit se focalise avant tout sur le couple Woodhouse, interprété par Mia Farrow et John Cassavets, et de leur entourage, des voisins étranges et intrusifs. À l’approche réaliste, qui dépeint le quotidien de tous ces personnages, le réalisateur mêle différents éléments, relatifs à la sorcellerie comme à la folie, de telle sorte que les événements vécus par le personnage de Rosemary tendent vers une ambiguïté délibérée dont la limite entre le réel et le surnaturel n’est pas clairement définie.

La tension croissante qui règne tout au long du film va de pair avec le sentiment de malaise grandissant que Polanski se plaît à entretenir. La suggestion fera le reste et Rosemary’s Baby connaîtra le succès mérité que l’on sait.

L'ExorcisteDélaissant l’ambiguïté relative au scénario de Rosemary’s Baby et alors qu’il adapte en 1973 L’Exorciste, tiré du roman de William Peter Blatty, William Friedkin conserve l’approche ancrée dans la réalité contemporaine et, bien que versant ici clairement dans le fantastique, on retrouve dans le récit et la caractérisation des personnages une volonté qui tend autant que possible vers une certaine crédibilité. Rarement le Mal n’aura été aussi effrayant et proche du spectateur alors qu’il s’insère dans le quotidien d’une famille américaine lambda.
S’il prend le temps d’instaurer une ambiance lugubre, qui repose en partie sur l’ambivalence de l’enfant-démon(iaque) et sa transformation physique graduelle, le réalisateur ne se restreint pourtant pas les sur scènes-chocs, dont l’impact va bien au-delà des simples stimuli visuels et auditifs. Tant lors des séquences horrifiques que dans les dialogues que s’échangent le Bien et le Mal lors de cet affrontement éprouvant, et malgré le contexte religieux controversé au sujet des cas de possession, le réalisateur parvient à maintenir un équilibre délicat et qui, malgré quelques excentricités, ne sombre jamais dans la caricature.

Là encore le succès international est de mise et, tout comme Rosemary’s Baby avant lui, L’Exorciste, monument du film horrifique, exercera une influence majeure sur le cinéma fantastique des décennies à venir.

Deux succès internationaux qui ne laissent pas indifférents la 20th Century Fox qui se lance à son tour dans ce cycle infernal qui multiplie les interventions du Diable parmi les hommes pour accomplir ses sombres desseins avec La Malédiction. Empruntant quelques éléments ou références tant à Rosemary’s Baby qu’à L’Exorciste, le scénario de David Seltzer, mis en scène par Richard Donner, conserve une approche qui se veut raisonnablement crédible, dans un récit pourtant résolument fantastique. Le vecteur du Mal choisi ici est ici l’Antéchrist, incarné une nouvelle fois par un jeune enfant, Damien, représentation même de l’innocence dans l’inconscient collectif.
Là encore, le récit s’éloigne ici des représentations ou inspirations moyenâgeuses, adaptant le thème aux préoccupations contemporaines avec une réussite certaine. Ici, la menace prend naissance dans les arcanes du pouvoir, où règnent et se côtoient riches industriels et politiciens. En effet, l’évolution du personnage de Damien, qui passe de l’enfance (La Malédiction, 1976, Richard Donner) au début de l’adolescence (Damien : la malédiction II, 1978, Don Taylor), avant de se clôturer sur l’âge adulte (La Malédiction finale, 1981, Graham Baker) et son ascension dans les hautes sphères n’a aujourd’hui rien perdu de son efficacité ni de sa pertinence.

Bien que La Malédiction reçoive un accueil mitigé de la presse spécialisée, le succès public international rencontré est, lui, incontestable.

La Malédiction marque, de son sceau 666, la naissance d’une saga qui au se décline au fil des ans sous forme d’une trilogie cinématographique, qui, à l’instar de Rosemary’s Baby et de L’Exorciste, influencera durablement le cinéma fantastique. Oeuvres qui partagent également de troublantes histoires ou polémiques entourant les tournages et entretiennent aujourd’hui encore l’«aura maléfique» rattachée à ces productions.

Omen IV: The Awakening - FRMalgré la défaite de l’Antéchrist à la fin du film qui clôture la trilogie maléfique, celui-ci n’a pas dit son dernier mot. Excluant désormais le personnage de Damien qui laisse sa place à Délia, nouvelle vectrice du Mal, un quatrième volet voit le jour en 1991. Simple déclinaison des thématiques et situations abordées auparavant, ce film ne connaîtra pas le même succès que ses prédécesseurs.
Parallèlement aux films, les novélisations de cette prophétie biblique dédiée au retour de l’Antéchrist connaissent un grand succès. Mais les chroniques littéraires consacrées à Damien ne s’arrêtent pas aux trois récits constitutifs de la saga cinématographique et se développent aujourd’hui au travers de cinq ouvrages, dont la majorité reste cependant inédite en langue française.

Plus récemment, un remake de La Malédiction a vu le jour en 2006, marquant ainsi le retour de la Bête dans les salles obscures, mais aussi pour le petit écran, l’histoire se voyant déclinée sous forme de série télévisée dans Damien (2016) et dont le déroulement se focalise sur la période de la vie de Damien occultée dans la trilogie initiale.

Bien que ce site, qui se souhaite avant tout informatif, soit consacré à la saga La Malédiction, il aurait été dommage de laisser dans l’ombre certaines des oeuvres inspiratrices comme dérivées des thématiques liées à l’éternel affrontement entre le Bien et le Mal. Un choix qui explique la présence de rubriques connexes, qui ne visent cependant pas l’exhaustivité, et s’attarde uniquement aux productions postérieures aux années 70.